Colin pratiquait, ce beau dimanche d'automne, son heure et demie de marche nordique lorsqu'il se fit à voix haute la réflexion suivante: « En marchant ainsi, suis-je dans le cadre du Développement Durable ? »
Il s'arrêta brusquement comme figé, s'appuyant sur ses bâtons.
Léa, qui le suivait, frotta son nez endolori (elle avait heurté Colin, brutalement stoppé) : « Que t'arrive-t-il, c'est le Grenelle de l'environnement qui t'est monté à la tête ? » Léa avait durablement développé l'extrémité de son nez rougi et Colin la prit dans se bras pour la consoler.
Ils s'assirent à l'abri d'un grand chêne dans lequel quelques pinsons voletaient. Cette nature bruissante et vivante semblait les inviter à la reconnaissance : sans elle, son équilibre, ses couleurs changeantes, les multiples variations des saisons, que seraient-ils en somme : des robots dans un monde artificiel ?
Léa reprit: " Il me semble que le monde change ; je veux dire : tout le monde, les gens que je côtoie, les personnes qui parlent ou écrivent dans les médias. Toi-même, mon Colin, tous vous semblez en proie à une douloureuse prise de conscience : ce monde est fini, dans le sens qu'il va s'achever bientôt probablement mais aussi dans le sens qu'il a une extrémité contre laquelle nous allons nous écraser, nous, humanité stupide et grandiloquente. "
" Oui " répondit Colin " c'est pour cela que je pensais calculer le bilan carbone de notre marche ; même si tout est fini, dans le sens fichu - foutu - mort, je veux savoir si je peux encore, moi, toi, nous tous, empêcher de rajouter un effet néfaste à la déchéance écologique de notre planète".
" Vas-y, calcules " dit Léa.
" C'est simple : la marche c'est zéro rejet de carbone, donc, la marche nordique n'aggrave pas le réchauffement climatique. "
" Alors, on repart ! " s'exclama joyeusement Zoé en rassemblant ses bâtons et une toute nouvelle énergie.
" Non " répliqua Colin, " ce n'est pas si simple. Regardes tes chaussures, tes vêtements, tes bâtons en fibre de carbone, ton sac à dos et ce qu'il contient, ton téléphone portable, ton iPod : tout cet attirail, d'où vient-il ? Qui l'a fabriqué ? Est-il recyclable ? Vient-il de circuits de commerce équitable, d'industries non polluantes ? Les ouvriers qui les ont fabriqués sont-ils des enfants ou des femmes honteusement exploités ? Les tissus sont- ils issus de l'agriculture biologique ? Les colles, les composants électroniques contiennent-ils des substances nocives... Que sais-je ? Il faut se poser toutes ces questions et d'autres encore : Nous sommes venus en métro, mais nous aurions pu venir en énorme 4x4 très polluant ; nous avons un sac pour nos déchets mais nous aurions pu les jeter dans la nature..."
" Oh! Là, Là! " répondit Léa " J'en ai mal au crâne : c'est impossible de penser à tout, de prendre tout en compte, il faudrait être obsédé et, finalement, s'abstenir de nos activités de loisir si l'on voulait respecter strictement une conduite en faveur du Développement Durable."
" C'est exact, Léa. Il est toutefois possible, comme avec la marche nordique, de procéder par apprentissage, de commencer par les actions les plus simples, comme la gestion des déchets et le mode de transport, puis, progressivement, analyser une par une nos actions et leurs conséquences : c'est-à-dire les moyens que nous utilisons pour les accomplir. Cette prise en compte doit concerner les principaux facteurs que tous les deux nous pouvons modifier en faveur du Développement Durable. Et ainsi de suite pour chaque citoyen.
" OK, pensons-y. Et si nous repartions maintenant ?" acheva Colin.